Ils on dit d'elle...
 


Suite à l'annonce de Laetitia concernant la fin de sa carrière, nous avons demandé à plusieurs personnes du milieu du patinage de nous confier comment avait été leur relation avec Laetitia, ce qu'ils retiennent d'elle avant tout, comment ils la définiraient...
Merci à eux d'avoir bien voulu nous accorder un peu de leur temps.


Anne-Sophie Calvez
Vous voulez que je vous dise quelques mots pour de départ de Laetitia ? Vous voulez vraiment me faire pleurer alors ?
Laetitia, c'est une grande patineuse. Quand je la vois patiner, je la regarde, et wow… sa vitesse est impressionante. C'est sur que son départ m'attriste. On a commencé à bien s'entendre pendant le stage en Chine en juin 2001, on étaient les deux seules filles… et comme j'étais la plus petite, elle s'occupait de moi. Laetitia ce n'est pas comme une grande sœur, mais presque. Elle m'a aidé à me pousser vers la haut, à avoir plus confiance en moi.

Thierry Cérez
Laetitia, ça fait longtemps que je la connais, on a fait pas mal de championnats ensemble, France, Europe, Monde... on est comme les dinosaures de l'équipe de France !
Laetitia, c'est un symbole de longévité. Au cours des ans je l'ai vu se transformer, elle est passée de la jeune fille à la queue de cheval à la femme qu'elle est maintenant. Je suis aussi impressionné par sa vitesse. Plusieurs fois au cours d'entraînements communs elle mettait un peu la pagaille : il valait mieux ne pas être sur sa courbe, car à la vitesse où elle allait elle ne pouvait pas s'arrêter net...
Il y a un geste de Laetitia que j'ai beaucoup apprécié. Lors de ma première tournée de l'équipe de France, en 1993, j'avais beaucoup de mal à m'intégrer dans le groupe, j'avais 17 ans et tous les autres étaient plus vieux que moi. Un soir, j'ai très mal pris une remarque que m'avait faîte Eric, et je suis allé m'enfermer dans ma chambre. Là pas de bol non plus, j'allume la télé et ils annoncent la mort d'Ayrton Senna... tout allait bien quoi. Et Laetitia est la première à être venu me voir dans ma chambre. Elle m'a dit "tu as peut-être des difficultés à t'intégrer, mais c'est normal, ça arrive souvent. Mais il ne faut pas s'enfermer dans son coin, il faut au contraire aller voir les autres". J'ai trouvé que ça avait été très sympa de sa part.

Frédéric Dambier
En quelques mots, comment est ce que j'arriverai à la définir... ? Je dirai... folle… géniale… et quand même bosseuse.
Avec Laetitia, c'est une amitié de longue date. Une amitié sincère et indestructible. J'ai en mémoire de merveilleux souvenirs d'entraînement, et en dehors surtout.
Laetitia est une fille exceptionnelle, mais en toute sincérité, j'ai l'impression qu'il faut que ça aille mal pour qu'elle réagisse et se donne à fond dans ce qu'elle fait. C'est comme ça qu'elle marche. Il faut qu'elle soit dos au mur, sinon elle se laisse aller. C'est vraiment dommage ! On peut analyser ça comme une qualité ou comme un défaut, en ce qui me concerne je ne marche pas du tout comme elle, j'ai tendance à me laisser tomber vers le bas lorsque ça va pas, quoi que ces derniers temps je me suis surpris moi-même à ce sujet... Mais avec le nombre de trucs qu'on a pu lui faire ou lui dire, il y a longtemps que j'aurai craqué et arrêté le patinage. Alors qu'elle, elle repart de plus belle !
Elle a eu et elle a un niveau bien au dessus de toutes ces concurrentes, c'est indéniable, et c'est ce qui me fait bouillir ! Il fallait la voir au retour de Chine en mai, au retour de son stage à Boston début août, et même quelques jours avant son départ pour Lausanne... C'est rageant ! Je crois même que parfois elle mériterait un " coup de pied au cul " ! Je crois tout simplement qu'elle n'a pas confiance en elle. C'est dommage !
Bref, Laetitia, je t'adore et tu le sais !

Laurent Depouilly
Laetitia, c'est un tête a claque !
Non, sérieusement, ce que je retiens de sa carrière, c'est sa longévité. Malgré tout ce qui a pu se passer, malgré les blessures, les hauts et les bas, elle était toujours là. Sa persévérance est à retenir, c'est une leçon pour les plus jeunes, comme Anne-Sophie. Même quand elle était blessée, même quand elle n'était pas bien dans sa tête, quand il y avait des problèmes extérieurs, elle était toujours présente à l'entraînement, aussi bien sur glace qu'hors glace. Elle est très professionnelle. Du groupe de fille composé de Surya, Vanessa et Laetitia, c'est peut-être elle qui est la plus professionnelle, la plus rigoureuse. En tant qu'entraîneur, ce qui est le plus marquant chez elle, c'est sa vitesse et sa technique. Enfin, une chose que j'ai beaucoup apprécié, c'est quand elle a enlevé ses patins aux Masters Miko, après son dernier programme; c'était très symbolique, un joli coup de chapeau.

Annick Gailhaguet
Laetitia est attachante, parce qu'elle est vrai. Laetitia est une personne vraie, qui ne se confie seulement quand elle a confiance, et j'ai eu la chance d'être une des personnes à qui elle s'est confié. Quand je l'ai connu elle était assez déconstruite, puis là dessus s'est rajouté les problèmes de santé de son mari… Mais maintenant c'est non seulement une athlète de haut niveau, mais aussi une femme. Elle est équilibrée, elle a un mari charmant, elle est prête à vivre sa vraie vie de femme…et ça, c'est sûrement une de mes réussites dont je suis le plus fière.

Vanessa Gusméroli
Il est vrai que Laetitia a un caractère assez spécial… Bizarrement, on se découvre plus l'une l'autre depuis qu'elle a annoncé qu'elle arrêtait, on est de plus en plus proche. Il est possible qu'elle puisse me donner un coup de main, qu'elle m'aide par la suite. L'enseignement serait une bonne idée pour elle car elle a beaucoup d'expérience; en tout cas je lui souhaite beaucoup de bonnes choses.

Stanick Jeannette
Ca fait maintenant quelques années que je connais Laetitia. C'est sur, c'est la caractérielle du patinage français, mais c'est ce qui fait son charme, son charisme, et ce qui lui donne autant de force. Laetitia, c'est une chouette fille.
Qu'est ce qui t'a marqué le plus dans la carrière de Laetitia ?
Les quatre olympiades ! Ca c'est fort ! Elle termine sa carrière amateur sans blessure, en pleine forme, après avoir participé à sa 4ème olympiade. C'est vraiment impressionnant. Il fallait quand même le faire car il y a deux ans elle n'était pas en super forme. Elle y croit, elle a la motivation, la volonté. En compétition on subit de grosse pression, c'est dur de réussir, le mental joue pour beaucoup. Elle a pris le temps de se remettre de ses blessures, elle a réussi a revenir malgré tout. Elle arrête sa carrière, mais elle en ressort blindée, grandie, et en tant que femme. C'est sûrement sa plus belle victoire… ce serait même ma question pour Laetitia : quelle a été ta plus belle victoire ?.
Je dis toujours qu'il ne faut pas regarder dans le rétroviseur, mais plutôt devant. C'est ce que je lui conseille de faire, car il faut maintenant qu'elle aille de l'avant ! C'est une nouvelle vie qui s'ouvre à elle.
Il faudrait maintenant que la fédération se serve de son expérience pour la transmettre aux autres patineurs. Philippe pouvait, voulait le faire, mais ça n'a pas été le cas… je pense que j'aurai pu beaucoup apprendre de lui. Laetitia a cette expérience, il serait vraiment dommage que la fédération ne s'en serve pas.

Nelson Monfort
C'est un sentiment d'admiration qui me vient tout de suite à l'esprit. Laetitia est une patineuse extrêmement méritante, qui a fait preuve de beaucoup de courage durant toute sa carrière.
Pour qualifier son patinage j'emploierai aussi les mots 'fraîcheur' et 'spontanéité', c'est je pense ce qui fait son charme. Par contre il est vrai qu'elle aurait pu monter encore plus haut… pour moi elle a été assez marquée par son programme libre d'Albertville, en tout cas je pense que c'est ce que le public a le plus retenu. Je pense sincèrement que ça a été une expérience très marquante pour tout le reste de sa carrière, la preuve en est que quelques semaines après, elle frôlait le meilleur niveau mondial à Oakland, et ce au milieu des mêmes demoiselles qu'à Albertville.

Gabriel Monnier
Une anecdote dont je me rappelle assez bien, c'était la première année où Stan et moi étions en équipe de France. Première année aussi à l'INSEP, on était tout content de montrer nos beaux survêtements 'Equipe de France'; on devait avoir dans les 14 ans. Pendant la réunion d'accueil des nouveaux, on a échangé quelques mots avec Laetitia… En voyant nos survêtements, elle nous a demandé :
'Vous êtes en équipe de France ?'
'Et bien, oui'
'Alors, c'est la toute petite équipe de France'…
Elle était un peu spécial à l'époque, comme elle le dit elle-même…
Sinon avant son arrivée à Champigny on était parti une ou deux fois en compétition ensemble, c'était sympa. Depuis qu'elle est à Champigny on se voit tous les jours à l'entraînement, ça se passe bien.


Marie-Pierre Leray et Nicolas Osseland
Marie-Pierre :
Avec Laetitia, on se connaît depuis pas mal de temps, depuis l'époque où on était junior ou espoirs. On a souvent partagé les chambres d'hôtel pendant les compétitions… je me rappelle par exemple un championnat d'Europe en Suisse, pays bien connu pour ses chocolats... on s'était fait un petit festin dans la chambre !! D'accord, elle a son caractère, mais entre nous tout s'est toujours bien passé.
Nicolas
Je connais Laetitia depuis moins longtemps, mais tout s'est toujours très bien passé avec elle. Elle est adorable, elle est toujours en train de se marrer.

Eric Millot
Laetitia, c'est l'émotion. Beaucoup de caractère, sur la glace et au quotidien, c'est vrai, mais c'est avant tout une super copine.

Paul Péret
Laetitia a eu une carrière qui ne peut pas laisser indifférent, ça c'est sûr !
Elle a un très joli coup de patin, ainsi qu'une vitesse de déplacement hors du commun, et ça tous les spécialistes s 'accordent à le dire.
Je dirai que sa carrière ressemble plus à des montagnes russes qu'à autre chose... C'est vraiment dommage, elle a raté à plusieurs reprises des opportunités de podiums. Elle n'a pas su saisir sa chance quand il le fallait. Elle s'est souvent laissé prendre la place par des jeunes filles qui n'avaient pas son bagage technique... Elle a cependant été là où on ne l'attendait pas !
Petite ironie du sort, elle termine 4ème à Oakland et 4ème à Minneapolis, les deux fois... aux Etats Unis, les deux fois... après des JO. Et la comparaison ne s'arrête pas là, les deux fois ... battue par des américaines ! Une coïncidence ? Peut être... Il est vrai que cette année lors des derniers Championnats du Monde, je l'attendais, les conditions n'étaient pourtant pas tout à fait réunies, mais bon on dit toujours " jamais deux sans trois ".
J'ai commencé à suivre sa carrière d'un peu plus près en 1991, lors des Championnats du Monde Juniors à Hull au Canada, je m'en souviens très bien. Elle y a remporté le titre mondial. Et quelques semaines plus tard, à Albertville, en raison d'un manque d'expérience, elle n'a pas su gérer le stress de cette compétition toute particulière qu'était les JO. Passant dernière du dernier groupe elle pouvait ce soir-là jouer très très gros, c'était un coup de poker, mais ce fut l'attente interminable dans les vestiaires qui lui fut fatale. Elle n'a mesuré l'enjeu de cette compétition que lors des entraînements le matin du libre, quand elle s'est retrouvée sur la même glace que les 5 autres meilleures patineuses du moment.
J'ai un regret, j'aurai tant aimé qu'elle sache utiliser le stress de la bataille qu'elle se livrait jusqu'au milieu des années 90 avec Surya. C'était une belle concurrence, elle aurait dû en tirer profit, elle aurait dû garder cette rage d'aller toujours plus haut. Ce que je déplore donc c'est la situation qui s'est installée au départ de Surya : ni Vanessa, ni Laetitia n'ont eu l'envie de se livrer une véritable bataille au niveau français. Quel dommage ! Je reste sceptique quand à la relève féminine française.


Jean-Roland Racle
Laetitia… Pour moi qui ait eu beaucoup d'élèves, certains réussissant très bien comme Sarah et Stéphane, je dois dire que Laetitia est ma plus grande satisfaction professionnelle, avec elle je suis arrivé à ce que je voulais. A Minneapolis elle a réalisé ma conception technique du patinage, elle m'a compris, elle m'a communiqué ce que je pensais. Avec le temps que j'ai passé avec elle, surtout après 94 où elle était au fond du puits, nous avons tissé une relation très forte, j'ai su l'écouter, et lui donner confiance en elle, ce qui lui faisait défaut.
J'aurai aimé qu'elle soit plus constante, bien sur. Ce n'est pas un problème de quantité d'entraînement, mais il faudrait arriver à faire au moins une heure ou deux d'entraînements à fond tous les jours, même quand ça ne va pas. Sur quatre heures d'entraînements, en faire au moins une ou deux en reprenant la glisse, les sauts,… et sortir de la glace au bout des quatre heures en en ayant fait une ou deux très bonnes. Le problème sur triple flip aux Championnats du Monde cette année, ça c'est tout a fait Laetitia. Il est déjà arrivé qu'elle attende un paquet par la poste pour le lundi, et le mardi le paquet n'étant toujours pas arrivé, ça n'allait pas du tout, y compris sur la glace…
Qu'elle choisisse de partir maintenant, je comprends tout à fait. Apres tout ce qu'elle a traversé, son départ des français volants, ses blessures,… elle est toujours revenue, elle est extrêmement courageuse. Elle a un acquis exceptionnel, à elle maintenant de l'harmoniser.
Mes plus beaux souvenirs avec elle sont, entre autre, sa victoire au championnat de France à Lyon, alors que 15 jours avant ça n'allait pas du tout, et bien sur sa victoire au Trophée Lalique. En tout cas je lui serai toujours très reconnaissant de m'avoir procuré ma plus grande joie professionnelle. C'est une fille exceptionnelle.




 

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